Posté le 12/07/2010 à 15 h par supertonio dans Fiches Pratiques
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ANDORRE 1974.
Fin septembre 1974, le moto club d’Andorre organisait son rassemblement annuel. Celui-ci était entré dans la catégorie des concentrations internationales. En effet, plus de 3000 motards s’y retrouvaient chaque fin septembre, moitié français, moitié espagnols. N’oublions pas une poignée de belges, d’allemands et de hollandais.

Concentratio Motocicletta - Andorra
La concentre se déroulait sur de grands terrains à la limite d’Andorra La Vella, capitale de la principauté. Andorre est l’un des plus petits pays au monde, 468 km2, dans les montagnes, coincé entre France et Espagne. La langue nationale est le catalan.
Si, aujourd’hui encore, certains produits y sont vendus moins chers qu’en France, en 1974 on y venait carrément pour s’approvisionner en tabac, alcool, cuir et divers produits, tant la différence de prix était conséquente. Pas de taxe, un paradis fiscal.
Bref, en ce début d’automne 1974, je venais d’acquérir ma 250 MZ, mono-cylindre 2 temps ! La Motorradwerk Zschopau était fabriquée en RDA. C’était la bonne à tout faire, sa devise : ‘je suis moche mais qu’est ce que je bosse’ ! On l’appelait d’ailleurs ‘le chameau’, increvable en toutes circonstances. Normal pour une bécane qui bosse ! Je ferai 75000km en 4 ans sans le moindre pépin !
Les Meumeuzes, n’avaient rien à voir avec les MZ de compétition, vitrines mécaniques de l’Allemagne de l’Est.
C’est donc au guidon de la moto utilitaire du bloc soviétique que je me rendis, de la Vendée, à Andorre par les petits routes. J’étais en vacances, il faisait beau, tout allait bien. J’étais parti en avance, profitant au mieux de ma virée.
J’ouvre une parenthèse.
A cette époque la majorité des motos qu’on trouvait en concentres, étaient des 125 ou des moyennes cylindrées (250, 350). On voyait aussi beaucoup de 50 à vitesses comme les Malagutti, Flandria, Gitane-Testi ou encore Kreidler. Il ne faut pas croire ! Lorsqu’on relit des revues motos de l’époque, on y voit les essais des ‘grosses’, c’est à dire les 500 et plus. Mais, sur le terrain, c’était plutôt de la petite. Ça coûtait cher une moto ! Il en fallait des mois d’économies pour un jeune pour s’offrir une 250, même une 125 ! On avait souvent le permis toutes cylindrées (dès 16ans) mais on continuait à rouler en petite ou moyenne moto !
Alors, bien sûr, on avait tous des potes qui roulaient en Béhême, en Guzzi V7, en Bonneville ou en quatre pattes… On rêvait que bientôt ce serait nous…
Ça paraissait normal de se taper 300, 400, 500 bornes ou plus pour rejoindre une concentre sur sa 125 ou 250 (ou même sur son 50 parfois !)
La gueule au vent, le cromwell, le barbour et roule ma poule !
Aujourd’hui une petite moto c’est une 500 (pour les débutants !) et on parle de routière à partir de 1000. Comment peut on se passer des GPS, écouteurs et micros intégrés au casque, poignées chauffantes et la soufflerie d’air chaud centralisée, ABS, système électronique, chiottes multi-usages et système anti-con breveté ?
Bon, c’est vrai aussi qu’il y avait moins de monde sur les routes, qu’une certaine idée de la liberté existait encore et qu’on faisait des pleins d’essence à des prix raisonnables.
Je ferme la parenthèse (normalement, la moitié des lectrices et lecteurs ont déjà décroché).
J’arrivais donc en avance à Andorra la Vella. J’avais tranquillement passé le col (ou Port) d’Anvalira à 2409 mètres d’altitude, avec halte au Pas de la Case, après 30 bornes de grimpée depuis Ax les Thermes par la Nationale 20. Il n’y avait pas encore le tunnel routier.
Ma bonne 250 MZ polluait allègrement l’air pur de la montagne, lâchant par son gros pot chromé ses nuages bleus et odorants. Mais on ne parlait pas encore du réchauffement climatique. Autres temps, autres mœurs !
Sur le site de la concentre, qui officiellement commençait le surlendemain seulement, une centaine de motards français et espagnols. Ce fut la concentre avant la concentre.
Le soir, les feux de camps crépitèrent dans la nuit andorrane.
Le gros des motards espagnols arrivèrent le lendemain .
Les motos espagnoles étaient connues comme motos sportives, de tout-terrain. La conception de la ‘Todo-terreno’ deviendra, traduite en américain : la ‘Trail-Bike’. L’industrie espagnole était orientée vers le sport et les machines se vendaient dans le monde entier. Mais la majorité des jeunes espagnols, sur quoi roulaient t’ils, eux ?
Ils roulaient sur les motos de chez eux : Bultaco, Montesa, Ossa, Derbi en 2 temps, modèles de route pratiquement inconnus chez nous. Ça allait du 50 à la 250. C’était aussi quelques Sanglas 400 en 4 temps, récupérées de la police espagnole. Pas de japonaise, encore moins de Béhème, de Guzz ou d’anglaise ! Mais ce n’étaient pas les modèles nobles des marques ibériques, réservés à l’exportation. C’était le bas de gamme, adapté pour la route.
Ce qui me frappa était l’état de vétusté de la plupart de ces machines. Je les revois encore : rafistolées, tenant avec du fil de fer, pissantes d’huile ! Pas de barbours ou de cuir luisants pour les pilotes ! De vieux blousons en toile, en cuir bouffé aux mites. Les pantalons, de la flanelle pas du jean…
Ce fut pour moi le premier choc !
Et le pire fut quand des clubs espagnols d’harleyistes débarquèrent. Des pépères quinquagénaires, ventrus, en Electra Glide rutilantes, vêtus en cuirs de luxe. Flottaient derrière leurs motos les drapeaux nationaux espagnols, les oriflammes Rouge et or frappés de la Grande Aigle Espagnole ! Les sirènes sur les Harley : tous se rangèrent pour laisser passer !
D’un côté la masse, la plèbe, les pouilleux… De l’autre quelques senores pleins aux as, se comportant en maîtres !
Inutile d’écrire que les deux groupes ne se mêlèrent pas ! J’avais pensé que la moto pouvait aplanir les différences sociales ! Oui, mais jusqu’à un certain point ! Là, au contraire, elle les exacerbait ! même en France, en 1974, les Harley étaient très rares et coûtaient bien trop cher pour que le quidam moyen espère s’en offrir une un jour ! Bon, aujourd’hui les pépères ventrus, retraités à 60 ans, roulent facilement en Harley mais replaçons nous à l’époque !
Second choc : parlant un peu l’espagnol, je m’étais lié à un groupe de jeunes motards venant de Barcelone. Autour du feu, le soir, on parlait moto (les modèles, les concentres, etc…). Mais lorsque j’abordais le sujet : ‘Il y a vraiment beaucoup de différences chez vous entre les riches et les pauvres’, silence radio, mutisme total !
Impossible d’aborder (même si peu) toute discussion sur la société espagnole ! Rien, nada !
En 1974, bien qu’en fin de règne, le Général Francisco Franco ‘Par la grâce de Dieu, Caudillo d’Espagne’, était toujours au pouvoir ! Les motards espagnols n’osaient pas parler ! Personne n’osait parler ! Même hors de leurs frontières ! Même hors d’Espagne : la peur ! La peur d’être plus tard dénoncé pour avoir critiqué un tant soi peu le régime, dénoncé peut-être par un autre motard présent (qui sait ?).
Outre la médaille, l’autocollant, de l’alcool et la gueule de bois, j’ai ramené de la concentre d’Andorre 1974 la conscience de ce que c’est que vivre sous la dictature ! J’y pense encore souvent !
Je précise que 2 années plus tard (1976) j’ai refais la concentre d’Andorre : Franco était mort depuis un an environ. L’Espagne changeait et rapidement. Les motards espagnols étaient, d’un seul coup, comme les motards français, ou presque ! Incroyable comme les fleurs fleurissent vite dès que le soleil revient après l’hiver !

Andorra - 1976
Retournons à 1974.
Des centaines de motards espagnols débarquèrent donc dès le lendemain matin (c’était le vendredi : pour l’occasion tous venaient pour 3 jours). Ils arrivaient par vagues sur leur Montesa, Bultaco 2 temps pétaradantes. Ils arrivaient du sud.
Nous attendions la horde des français, qui eux, arriveraient par le nord, par le Pas de la Case. Rien ! pas un chat ! La journée passa, la nuit tomba, toujours personne !
Il n’y avait pas de téléphone portable à cette époque : on ne pouvait pas joindre facilement tel ou tel copain. Nous n’avions pas de nouvelle. De mon côté j’attendais mes potes des Sables d’Olonne qui devaient me rejoindre ici. Personne.
En fait, il avait neigé beaucoup sur le col. Celui-ci était impraticable. Le Port d’Envalira était totalement fermé. La tempête de neige était violente là haut et ici, dans la vallée, loin en bas, on ne s’apercevait de rien !
La soirée fut pratiquement espagnole.
Vers minuit nous vîmes arriver Pépé Lebrasseur, 75 ans. Il arrivait, avec une passagère, sur sa BMW R 75/5, en solo. Il fut le seul motard à pouvoir passer, LE SEUL ! Et en solo ! Il nous raconta. De l’autre côté, des milliers de motards bloqués. Tous essayaient bien de s’aventurer sur la route devenue une patinoire (en pente). Tous rebroussaient chemin après quelques dizaines de mètres, souvent avec une poignée cassée, un pare-cylindre enfoncé. Les sides eux-mêmes faisaient des têtes à queue. Personne ne put passer… sauf Pépé Lebrasseur venu de la Roche sur Yon en Vendée, avec son club. Il avait pris en croupe la petite copine d’un gars du club qui roulait sur une bécane moins confortable que la Béhème à Pépé.
Il s’était lui aussi élancé sur la pente glissante, en première, à 5 km/h, la nuit tombait. Ne pas accélérer, ne pas freiner, surtout ne pas s’arrêter, aucun geste brusque, toujours sur le filet de gaz ! Il dépassa les motos couchées, ou en travers de la route, et disparu tout seul dans le noir et dans le vent de la tempête qui continuait à souffler en rafales glacées. 5Km, 10 Km sur une pente digne d’une paroi glacière… Pom pom pom toujours 5 km/h ! Des formes dans le noir : la douane, les bâtiments tous fermés, pas une lumière… Puis la descente, la longue descente, encore plus casse-gueule… cette fois ne pas se laisser entraîner… toujours 5 km/h… La moto seule dans l’immensité noire et glacée. Chaque virage étant devenu une épreuve en soi… Pépé nous disait qu’il n’avait même plus la notion du temps… une éternité… La pauvre petite derrière, avait ordre de ne pas bouger d’un poil, pleurait tant elle était frigorifiée et fit même pipi dans sa culotte, ne pouvant plus se retenir ! Ils arrivèrent parmi nous à minuit et furent accueillis comme il se doit.
La petite passagère eut une bonne chambre d’hôtel confortable avec douche et lit moelleux, elle l’avait bien méritée ! Pépé aussi d’ailleurs coucha cette nuit là, à l’hôtel.
Les milliers de motards déboulèrent le lendemain après-midi. Ils avaient dormi tant bien que mal, beaucoup étaient repartis passer la nuit vers Ax les Therme. La météo était redevenue clémente et le col était dégagé. Tout avait fondu rapidement sous les rayons du soleil encore chaud en cette saison.
Le reste de la concentre ? Eh bien ce fut une concentre classique ! On rigola, on discuta autour des feux, on picola comme il se doit, on admirait les derniers modèles sortis.
Au retour, comme nous passions la douane par centaines, nous savions que les douaniers ne nous arrêteraient pas ! Inutile de dire qu’on en profitait pour bourrer sacoches, top case, sac de réservoir, de porto, whisky, pastis, tabac en tous genres.

Andorra - 1975
Ah ! le plaisir de rouler par dizaines. En effet nous nous séparions au fur et à mesure, mais jusqu’à Bordeaux tous ceux qui remontaient sur l’ouest de la France (Bretagne, Poitou, etc…) restaient groupés. En principe, les groupes se formaient selon la puissance et la vitesse des motos. Mais de toutes façons c’était toujours des ensembles importants. La maréchaussée nous regardait passer, l’air soupçonneux, mais bien incapable de nous arrêter ! Imaginez le foutoir si 300 ou 400 motos étaient stoppées sur un coin de nationale un dimanche après-midi (parce que si un seul se faisait arrêter, tous s’arrêtaient !).
Jacquou



derouet jeannot a écrit :
25/09/2011 à 18 h
salut super tonio bonne analyse pour andorra j’ai participé à celle de 73-74 avec la neige, 76-77 et une année en passager avec nounours de Nantes, le col était fermé et nounours pour passer avait mis des cordelettes sur ses jantes.
PERRAUD Michel a écrit :
15/08/2011 à 18 h
Encore à la bourre!
Pour moi, seulement 78 : ANDORRA LA VELLA. Avec une bande de copains beaujolais (ayant lu dans moto coin-coin la date du rassemblement) nous décidons de nous rendre dans les Pyrénées. C’était une de mes premières virées si loin, mais depuis ?
Coup de théâtre, le jeudi précédant, la concentre est annulée. Que fait-on ? Tant pis, on va voir les espagnols. Pas de regrets, pas besoin de concentre pour découvrir ce merveilleux endroit.
C’est toujours intéressant de profiter des avantages financiers. J’ y suis passer au mois de janvier 2011 en revenant des ¨PINGOUINOS. heureusement qu’il y avait le tunnel pour redescendre sur l’HOSPITALET ! De plus, mon copain GAZOU habite maintenant à 40 bornes du PAS DE LA CASE. Les cars venus de TOULOUSE assure toujours le voyage pour le ravitaillement des habitants de la capitale du sud ouest.
bôcu a écrit :
20/07/2011 à 1 h
Les concentres en ANDORRE… ahh chaque fois pour moi c’était une préparation minutieuse et on descendait le vendredi soir de nuit… et pour cause… la semaine c’était démontage des pneus pour mettre deux savonnettes gardées consciencieusement pour Andorre. Aux premières heures du samedi matin c’était « le choix » du meilleur magasin aux prix attractifs et changement des pneus…
Les K 81, (faudrait que je recherche ) mais valaient pas grand chose, et la différence payait largement la concentre… L’alcool était pas cher… à l’époque Andorre vendaient encore des Gitanes Maïs a des prix tellement bas que l’on était obligé de fumer.
L’ambiance était toujours fabuleuse en Andorre, avec de superbes nanas, de la bouffe a foison et la fête la fête, comme à l’époque dans beaucoup de concentres en Espagne…
J’y vais souvent en vieilles motos, pour des « vueltas Pirineos » mais Andorre (à part essence et cigares) a beaucoup changé. Les hôtels par contre ne sont pas cher et il y a aussi un très beau musée de la moto
Bôcu
à bientôt sur les routes du monde
raoul jfrançois a écrit :
14/09/2010 à 16 h
Très très beau récit de cette concentre 74 qui m’a aussi été racontée par un pote (décédé, hélas) qui y est allé en 50 gilera , il a réussi a grimper en entourant sa roue ar d’une corde et en dégonflant son pneu , la station de sud radio avait été ouverte pour héberger des motards en perdition au sommet du col. habitant près de la frontière espagnole j’ai pas mal pratiqué les concentres la bas, et j’apprécie fortement de lire ces commentaires totalement véridique sur les locaux qui parcouraient des centaines ,voir des milliers de km sur des ossa explorer ,des bultaco lobito plutôt mal en point et souvent a deux et chargé. par contre , je n’ai jamais entendu parler de club harley espagnol , je n’en ai même jamais vu la bas a cette époque la , y compris dans les nombreuses courses ou je suis allé , grand prix a jarama et 24 h de monjuich au contraire des MV et autres bénelli.
-bravo encore pour ta description des années 70 , bien réelle et tout a fait authentique quand a la prépondérance des petites cylindrées a laquelle j’ajouterai pas mal de machines des années 50 genre peugeot 125 et motobécane Z, il est d’ailleurs agréable de lire cela a une époque ou les journaux de motos ancienne laissent croire que le motard lambda ne roulait qu’en 1000 vincent ,en R69 S ou en 1200 munch………
-un petit bémol toutefois quand au prix de l’essence , contrairement a ce qu’on pourrai croire l’essence a toujours été hors de prix en France :1F le litre en 1966 avec un smic en dessous de 500f , c’était une fortune , bien plus cher que maintenant , en fait l’essence a TOUJOURS été au prix maximum ou il est admissible de la mettre en France , avec tous les prétextes possible et imaginable (canal de suez , crise pétrolière et maintenant environnement).
supertonio a écrit :
19/08/2010 à 19 h
La première édition eut lieu en Octobre 1971 à l’initiative du Mirepoix Moto Sports. Le succès fut immédiat (plus de 1000 engagés un mois à l’avance).
Les lots étaient somptueux : un voyage pour 2 en avion à Casablanca, 1 Honda 750, 1 Honda 350, 1 Honda 125, etc…
Elle eut lieu sur 4 campings !
Le Mirepoix Moto Sports, très orientié moto-cross, était basé à Mirepoix sur Tarn, toute petite commune de Haute Garonne !?
supertonio a écrit :
19/08/2010 à 19 h